|
Il est si beau de vous entendre parler de La Romance du vin et de L'homme rapaillé d'imaginer vos coureurs des bois des poèmes dans leurs carquois
nous sommes cent peuples venu de loin partager vos rêves et vos hivers nous avions les mots de Montale et de Neruda le souffle de l'Oural le rythme des haïkus
speak what now nos parents ne comprennent déjà plus nos enfants nous sommes étrangers à la colère de Félix et au spleen de Nelligan parlez-nous de votre charte de la beauté vermeille de vos automnes du funeste octobre et aussi du Noblet nous sommes sensibles aux pas cadencés aux esprits cadenassés
speak what
comment parlez-vous dans vos salons huppés vous souvenez-vous du vacarme des usines and of the voice des contremaîtres you sound like them more and more
speak what que personne ne vous comprend ni à Saint-Henri ni à Montréal-Nord nous y parlons la langue du silence et de l'impuissance
speak what « productions, profits et pourcentages » parlez-nous d'autres choses des enfants que nous aurons ensemble du jardin que nous leur ferons
délestez-vous des maîtres et du cilice imposez-nous votre langue nous vous raconterons la guerre, la torture et la misère nous dirons notre trépas avec vos mots pour que vous ne mouriez pas et vous parlerons avec notre verbe bâtard et nos accents fêlés du Cambodge et du Salvador du Chili et de la Roumanie de la Molise et du Péloponnèse jusqu'à notre dernier regard
speak what
nous sommes cent peuples venus de loin pour vous dire que vous n'êtes pas seuls.
Marco Micone, Speak What 1989, © Marco Micone. Page d'accueil | Autres pages
|
|