Document collectif réalisé par Jean Beaudoin, Marthe Boudreau, Gaétane Guillemette, Daniel Laliberté,
Anne-Marie Larose et Yves Rochette
Le
Regroupement des agentes et agents de pastorale laïques du
Diocèse de Québec

Sur le site, ce document est disponibles en deux sections.
1- La présentation de la page couverture, la table des matières, la préface et les deux premiers articles
2- Les quatre derniers articles et la conclusion
Signification de la page couverture
:
Comme sillonne la rivière dans son lit, nos vies d’agentes et d’agents passent dans l’histoire de l’Église. Ainsi, nos passions, nos efforts, nos rêves et nos apaisements font monter la rivière, la dégèlent, la sortent de son lit, l’alimentent...
Quels sont nos appels fondamentaux? S’exprimant dans nos feux ardents; feux aux couleurs chaudes du rouge et du doré; image d’un buisson qui ne se consume pas.
Chacune de nos vies laissent son tracé, sa marque; toujours ascendante comme une flèche lancée vers l’avant. Avions-nous remarqué la montée de nos expériences?
Ces expériences constituent nos espaces. Les visiter ne nous apprend-t-il pas à en connaître la grandeur, la hauteur, la longueur, la profondeur; ainsi, à s’enrichir de sens et de sagesse. Comme cette flèche qui effectue un retour sur sa trajectoire afin de repartir plus énergique et dans une juste direction ...
Texte : Yves Rochette
Conception graphique : Daniel Laliberté et Yves Rochette
Table des matières
Préface
Marie-Hélène Carette
1
Introduction
Gaétane Guillemette, ndps.
3
Sur les traces de l'immédiat… surgit une parole neuve !
Anne-Marie Larose
4
A ministères nouveaux, des passages nécessaires…
Marthe Boudreau
10
"Cétait dans mon cœur comme un feu dévorant…" (Jr 20,9)
L'Esprit reçu dans les sacrements… et ailleurs.
Daniel Laliberté 15
Un ministère laïque : un appel particulier, une vocation
Gaétane Guillemette, ndps.
23
Naître à notre place
Jean Beaudoin
28
Une brèche s'ouvre, la vie s'installe…
Yves Rochette
34
Conclusion
Gaétane Guillemette, ndps.
38
Préface
Ma vie comme ministère :
feu ardent, tracés de vie, espaces revisités
Prendre la route, marcher avec, favoriser l'émergence de la vie, à la manière d'une sage-femme… Voilà qu'au moment où le présent collectif vivait de l'essoufflement après quelques années de partage, de réflexion et d'écriture sur la question des ministères, j'ai été invitée à rencontrer le groupe qui formulait une demande précise : favoriser une démarche d'écriture qui laisse des traces, ouvre des chemins.
J'ai donc proposé que chacune, chacun accueille et revisite son expérience pastorale sous l'angle du manque, avec l'audace de ses balbutiements, question d'y retrouver vie et estime de sa propre histoire pastorale, plutôt que de s'avancer sur les terrains glissants de l'idéologie, si théologique soit-elle par ailleurs !
L'opération n'allait pas sans risque : risque d'un texte qui ne soit pas "parfait" quant à l'articulation des idées et contenus, mais par ailleurs texte marqué au feu de l'éveil : un texte vrai, "imparfait" comme l'est tout ce qui s'incarne ; un texte qui fait vivre d'abord son scripteur ; un texte qui interpelle à se lever debout et à marcher avec sa vérité souffrante et partagée, une vérité humble, vibrante de la vie qui se cherche, de la vie qui se reçoit !
La démarche, si elle apportait du fil à retordre, paradoxalement, redonnait souffle. Deux aspects furent mis de l'avant : l'éveil à sa propre expérience et la mutualité. Le tout se déroula de telle sorte que les résistances étant peu à peu levées, en particulier celle de l'évaluation, chacune et chacun pouvait d'autant mieux entrer à son rythme dans une aventure où l'accueil, la rétroaction mutuelle et les ressources du groupe étaient au service du partage des descriptions d'expériences et de leur rédaction.
Voilà qu'en un temps relativement court, soit la moitié d'une année, le document qui est aujourd'hui entre nos mains, est-ce nécessaire de préciser, n'est pas d'abord un texte "académique" ou encore un manifeste, mais bien récits d'expériences qui "parlent" d'elles-mêmes et risquent de rejoindre, de heurter, de questionner, de confirmer des aspects de notre expérience pastorale à tous. En face d'un pareil risque s'apparentant à la naissance, qui songerait à jeter la pierre à quelqu'un qui écrit à même la peau de l'âme ?
N'est-ce pas Etty Hillesum qui à 29 ans, écrit du fond de la nuit au camp de Westerbork, que " seul l'innocent qui maintient son âme au clair, sa conscience en veille perpétuelle, est en droit de répondre ce oui qui sauve de la chute, un oui de pure souffrance et de totale insoumission ". Ce oui sans être aussi ultime, se retrouve en écho dans les textes qui nous sont partagés.
Des textes qui jaillissent de la vie, de l'expérience accueillie, habitée, s'assumant sans cesse de l'intérieur, comme le levain dans la pâte… Des mots qui émergent de cœurs et d'esprits éveillés et brûlant de communiquer, de se donner : " oser dire simplement ce qui m'habite, m'anime et me motive pour que la confiance règne, pour que la vie circule en toute humilité et humanité, d'un vivant à un autre vivant… " voilà qui d'emblée donne le ton à cet ouvrage inspiré rassemblant femmes et homme laïques exerçant un ministère dont tout reste à révéler !
Des engagements de tout l'être et de tout l'agir en réponse à l'interpellation " Père, voici que je viens faire ta volonté " (Lc 22,42). Parole qui oriente l'existence et qui se poursuit sans cesse dans l'intimité d'un dialogue intérieur… Des cœurs inquiets de la mission, des hommes et des femmes en mouvement d'incarnation dans les traces du Ressuscité, des voyageurs sans domicile fixe, en position constante de détachement ! Au cœur de l'Église, ils laissent surgir pour elle et pour le monde quelque chose d'inédit, de prophétique qui ne peut que susciter la vie, relancer la recherche et puiser à même l'héritage et la richesse infinie d'une Église communion tant aimée et désirée.
Dépouillés au vif, ils cheminent dans ce clair-obscur d'une communion à réaliser, qui ne sera certes pas sans eux. Branchés sur les besoins de la communauté et sensibilisés à l'éveil de significations neuves qui jaillissent dans l'ici-et-maintenant du Royaume, ils sont à la suite de Jésus, par Lui et en Lui, des êtres de passage, ravivant au détour d'un regard ou d'une rencontre, cet héritage d'Amour et d'Évangile qui inspire libération et vie en abondance pour tous.
Parce ce qu'ils sont vrais, ils nous rendent témoins de leurs propres déplacements intérieurs, ils apprennent à lire les signes de l'Esprit à même leur expérience accueillie ; réalisant qu'ils sont envoyés AVEC le monde, incarnés DANS la vie, tantôt marcheurs, tantôt guides, toujours levain.
Ils construisent ainsi " d'humbles cathédrales à échelle humaine " où chacun peut venir puiser sens et lumière pour repartir re-posé et créatif dans l'essentiel.
Et je marche avec eux de tout cœur…
Marie-Hélène Carette
Introduction
Gaétane Guillemette, ndps.
La route se dévoile devant nous dans l’espérance des pas réalisés pour naître à notre place dans une Église qui appelle à la diversité vocationnelle et ministérielle. Dans les espaces revisités des tracés de vie de quelques-unes et quelques-uns d’entre nous se conjuguent des expériences d’appel et d’engagement dans un ministère spécifique qui émerge à travers des brèches d’histoire par où passe l'action de l'Esprit et l'annonce de Jésus Christ et de son Évangile.
Un feu ardent nous anime. Ce feu attisé par la foi et l’espérance ne cesse, depuis bientôt cinq ans, d’enflammer notre cœur dans le cheminement de nos rencontres de partage, de discussion et de recherche d’une parole pour celles et ceux qui sont engagés dans ce ministère laïque des agentes et des agents de pastorale. Nous ne pouvons garder pour nous cette richesse d’une réflexion approfondie au rythme de l’expérience pastorale des uns et des autres. Nous nous permettons donc de prendre la parole afin d’exprimer, à partir de notre vécu pastoral, notre questionnement, nos convictions et notre foi en ce qui est en train de naître par rapport à notre vocation et à notre mission spécifique comme agentes et agents de pastorale exerçant un ministère particulier à l’intérieur d’une Église communion.
Les textes qui suivent se présentent comme un lieu d’approfondissement humain, spirituel et théologique d’un parcours de vie où s’enracine la certitude que nous sommes appelés et envoyés pour exercer un ministère original à l'intérieur de la structure ecclésiale. Ces quelques pages veulent traduire notre confiance en l’Esprit qui agit au cœur de notre monde et de notre Église par l’émergence d’une présence nouvelle dans la communion des divers ministères ecclésiaux
.
Sur les traces de l'immédiat... surgit une parole neuve !
Anne-Marie Larose
Prendre sa place dans l’Église comme femme laïque baptisée, confirmée, adulte quoi, voilà un défi de taille encore aujourd'hui. Ce défi, joint à celui d'exercer un ministère reconnu dans l'Église, suppose de risquer des questions, de revisiter notre expérience de vie et d'accepter d'apporter notre humble contribution en espérant qu'à partir de ces seuils franchis surgira une parole neuve. Et c'est ce défi d'une parole personnelle et d'une parole partagée à l'intérieur d’un groupe d'agentes et d'agents de pastorale, formé spontanément en 1995 dont il sera ici question. Ensemble nous avons osé croire et écrire que notre action peut être porteuse de vie pour l'Église et pour ceux et celles qui prendront la route à notre suite.
Tracés de vie, espaces revisités
Toutefois, une parole partagée passe d'abord par une parole sur soi à partir de son expérience personnelle. Aînée d'une famille de trois enfants issue d’un milieu ouvrier, j'ai été éduquée dans la religion catholique. J'ai été entraînée toute jeune à la pratique religieuse sans trop de questionnement. Au cours de mes études secondaires et par la suite, j’ai toujours été impliquée dans des mouvements de jeunes et d'adultes, entre autres, la J.E.C. et le S.P.A. (Service Préparation à l’Avenir). Mariée à l’Église, je me suis engagée avec mon conjoint dans la préparation au mariage et dans des mouvements de couples durant une bonne dizaine d’années. Ensuite, j'ai oeuvré dans des organismes communautaires et humanitaires tout en travaillant au service de l'Église avec rémunération. Animatrice de pastorale depuis plus de vingt ans, j'ai exercé différentes fonctions tant sur le plan régional que diocésain au Service d’animation pastorale.
Ce parcours de vie a façonné ma manière de penser, d'agir et de prier. Sans cesse j’ai été animée par la Parole : " Aimez-vous les uns, les autres comme je vous ai aimés " (Jn15,12) et " aime ton prochain comme toi-même " (Lc 10,27). Cette parole, comme une source, m'a abreuvée tout au long de ma vie de couple et de parent, de même que dans mon engagement comme animatrice en pastorale du mariage et de la famille. J’ai constamment porté cette parole en moi et je me suis donnée entièrement. À partir de mon expérience de vie humaine et spirituelle, j’ai éduqué mes enfants selon ces valeurs centrées sur l'être et marquées par l'amour, la connaissance de soi, le développement de l'autonomie et de la responsabilité envers soi et envers les autres, dans une société juste et remplie de bonté.
À chacune des étapes de ma vie personnelle, conjugale et professionnelle, j’ai pris ma place, à la mesure de mes talents. J’ai toujours voulu participer au contenu, aux recherches, aux décisions. Ce qui m’a amenée à m’engager dans différentes causes, à militer activement pour des sujets qui me tenaient à cœur, tels les femmes, les ministères, les groupes de prise de décision, etc.
En ce qui concerne mon engagement comme agente de pastorale et ce que j’ai appris au plan personnel, je veux aussi le vivre au plan professionnel, ainsi que dans la société et dans l’Église. La place des femmes et le ministère laïque sont parmi les causes dans lesquelles je me suis particulièrement investie. Les deux sujets procèdent, pour moi, des mêmes valeurs à mettre en oeuvre et rencontrent les mêmes résistances à s’opérationaliser concrètement.
L'avènement de ministères laïques à l'intérieur de l'Église communion tarde à se réaliser. L'institution ecclésiale me semble la seule institution de notre société où la femme laïque ne peut accéder au pouvoir décisionnel de gouvernement, n’étant pas éligible à l’ordination sacerdotale. Comme femmes dans l’Église, nous avons pris une place et acquis un certain pouvoir d’influence au fil des années. Cependant, le ministère laïque, qui concerne à la fois les femmes et les hommes, n’est pas encore reconnu à juste titre dans les faits. En théorie, cela avance. Des théologiens clercs écrivent et discourent sur le sujet mais les théologiens laïques sont encore peu nombreux à le faire.
C'est ainsi qu'à la suite d’une session sur la théologie des ministères avec Marc Pelchat, un certain nombre d'agentes et d'agents laïques décident de poursuive la réflexion commencée. C'est là que naît notre groupe : un groupe formé de personnes passionnées, désireuses de comprendre et de vivre pleinement leur engagement dans un ministère laïque. Chacune de nos réunions nous permet de discuter, d'argumenter, de se documenter sur la question des ministères et d'aller frapper à la porte de personnes ressources, pour nous aider dans notre réflexion et dans la formulation de notre expérience de vie. À chaque rendez-vous, l'une ou l'un d'entre nous ouvre la discussion à partir d'un fait vécu ou d'une lecture qui nous rejoint. Au fur et à mesure des années, nous approfondissons le sens de notre engagement et le désir se développe de mettre par écrit ce que nous portons et ce à quoi nous aspirons.
Afin d'alimenter notre réflexion, nous animons une session sur le ministère laïque avec les agentes et les agents de pastorale du regroupement diocésain. Suite à cette rencontre, nous constatons qu'il y a de l'intérêt pour ce qui touche la réalité concrète de notre ministère et nous décidons alors de risquer une parole écrite. Bien que les difficultés ne manquent pas, notre discours prend forme. Après une première mise en page des textes, le travail se voit quelque peu perturbé par des déplacements de personnel qui conduisent quelques uns d'entre nous aux quatre coins du diocèse.
Ces changements nous incitent à nous mettre en sabbatique pour quelques temps. Cependant, comme deux d’entre nous sont en écriture au niveau de leur maîtrise et doctorat en théologie, les autres demeurent disponibles à réagir à leurs textes, ce qui nous garde en contact régulier les uns avec les autres. Et bientôt la recherche reprend et se poursuit à partir de là où nous avons les pieds pour aboutir à un collectif dans lequel chacune et chacun a pris sa place dans la joie et dans l'amitié qui nous a réunis tout au long de ces cinq années de partage. Cette expérience demeurent pour nous parole d'Évangile dans laquelle nous disons avec les Actes des Apôtres (2,42) : " Ils étaient assidus, se racontaient à chaque retour de mission... ".
Une parole partagée, une parole neuve
Dans ces espaces revisités du cheminement du groupe que nous formons, j'en viens cependant à me demander ce que peut apporter de nouveau et de spécifique, ce collectif réalisé parmi tant d'autres dans une Église en questionnement ? De fait, nous n'avons pas la prétention de répondre à la problématique des ministères de l’Église. Nous voulons simplement nous donner un lieu de recherche de sens afin d'aller au-delà des dualités et des conflits, pour saisir à notre manière la portée de notre engagement. Et nous nous permettons d'exprimer nos questions, nos préoccupations et notre vision à partir de notre expérience, en espérant que cette initiative puisse contribuer à la recherche sur les ministères que poursuit l'Église.
Quand des écrits romains ou d’évêques diocésains nous disent que notre présence est un signe "missionnaire" pour le monde de notre temps, le paradoxe de ce constat se fait vite sentir lorsque l’une ou l'un d’entre nous imagine et réalise un "neuf possible". Il arrive qu'il devienne bouc émissaire d’une critique pas toujours constructive et parfois il est susceptible d’exclusion par les autorités, même si cela peut faire sens avec le monde d’aujourd’hui. Nous réalisons alors que le passage du désir à la transformation du monde est parfois pénible et que pour y arriver, nous devons " passer sur l’autre rive " (Mc 4,35). Toutefois, pour réaliser cette traversée, il importe de ne pas le faire seul.
Dans un premier temps, un passage obligé se réalise en solitaire comme dans beaucoup d’événements de la vie humaine et spirituelle, mais par la suite, la personne relève la tête et choisit d’en parler avec d’autres pour habiter de l’intérieur et de l’extérieur l’espace de liberté qui l’anime. Ce partage avec d'autres porteuses et porteurs de ce questionnement s'avère un besoin : il procure une force et un dynamisme qui invitent à se dépasser, à sortir de ses entrailles et à réaliser des oeuvres de vie pour soi et pour les autres. Il y a alors une prise de conscience de la nécessité de laisser un héritage à ceux qui suivront. Dans ce partage, grandit le sentiment de la valeur unique que Dieu accorde à chaque personne pour ce qu'elle est : " Tu as du prix à mes yeux, unique tu es " (Is 43,4) et la conviction que c'est dans la diversité et la richesse des dons de l'Esprit accordés à Église que celle-ci peut réaliser sa mission.
Merveilleux ce serait, si chaque personne pouvait en arriver à se considérer comme unique et aimée de Dieu, en toute humilité et humanité. En quête de sens et de réalisation de sa vocation particulière, chacune et chacun pourraient éventuellement franchir les seuils de la vie sur la route des êtres humains. Que de grandes cathédrales à échelle humaine pourrions-nous alors construire en nous reconnaissant semblables et différents à la fois!
Une amie me répète souvent : " Le monde est sauvé. Jésus est passé avant nous. Qu’avons-nous tant à nous débattre comme des p’tits diables dans l’eau bénite ? " Un proverbe arabe relu dernièrement dit : " La lenteur vient de Dieu et la rapidité vient du diable ". Plus on parle, moins on fait semble-t-il. Est-ce qu’écrire procède du même principe ? En tous cas, pour l’histoire, les écritures sont signes de continuité dans le temps. Et c’est une des valeurs qui m’habitent : transmettre le message d’une vie animée de sens et porteuse d’amour. Je ne veux pas me prendre pour une autre. Je veux être comprise telle que je suis et avec tout ce que je suis. C'est pourquoi, mes collègues et moi, nous avons osé une parole personnelle et ecclésiale.
Cependant, la transformation dans notre vie se réalise en passant de la parole aux actes. Il est essentiel que le discours se transforme en pratique. C’est ici que notre désir peut devenir réalité. Revoir ce que nous faisons qui est dans la ligne du non-sens de notre discours sur les ministères, oeuvres de vie par et pour les personnes. Que les valeurs décrites ci-haut deviennent réflexes d’actions et de comportements, dont la finalité est la personne dans toute sa dignité humaine et le bien de l’ensemble de la société et de l’Église dans laquelle je suis et je vis, dans laquelle nous sommes et nous vivons. J’ai et nous avons donc constamment à faire une révision de la vie humaine et missionnaire, afin de vivre en cohérence avec le monde de ce temps.
L'arrivée à terme de ce projet d'écriture nous demande encore un pas de plus, soit risquer de se raconter sans se censurer soi-même. La réalisation de cette étape avec une personne externe au groupe est d'une grande richesse et nous amène à un dépassement de soi pour combattre l’habitude bien souvent présente de nous disqualifier... En osant ainsi nous dire, nous collons à notre vécu personnel et pastoral. C'est alors qu'à partir de notre partage en groupe, se dégage une vision de l’Église en mouvement, dans laquelle la métaphore du feu nous revient très fortement. La parole convaincue coule de source, elle est solide et articulée et vient de la profondeur de nos vies. Notre groupe vit à la fois des naissances et des renaissances à la vie du Ressuscité. Que d'expériences de "vendredi saint" qui prennent du temps à jaillir en Pâques joyeuses et glorieuses ! Mais c’est à cette Vie que nous sommes toutes et tous convoqués.
De ces tracés de vie, de ces espaces revisités et de ces paroles partagées, il nous semble voir se dessiner des horizons où la grâce de l'Esprit surgit de partout, et j'entends Dieu nous lancer cet appel : " c’est vivantes et vivants auxquels Je vous ai appelés et vous appelle toujours. Cependant, vous avez besoin de le comprendre par vous-mêmes en toute liberté et d’être animés d’une très grande confiance en vous. Recentrés en vous-mêmes, allez, rayonnez autour de vous le Christ ressuscité. Je suis très patient et je vous aime ! "
A ministères nouveaux, des passages nécessaires...
Marthe Boudreau
Les nouveaux ministères ne pourront qu’émerger d’une Église qui favorisera certains passages. La vie des communautés et la réalisation de sa mission reposent sur l’audace même de choisir un modèle ecclésial pertinent et nécessaire.
Il semble que l’Église aura à susciter certains changements si elle veut " être ce peuple qui marche dans le clair-obscur d’une histoire à faire ". L’Église qui est " Un peuple ensemble " n’existe pas pour elle-même mais chemine dans le sens de sa mission. Il a même été dit qu’elle est porteuse d’une mission qui la constitue, c’est-à-dire qui la fait exister. " Sa raison d’être est de servir l’Évangile de Jésus le Christ au cœur du monde. C’est d’être témoin actif, c’est-à-dire porteuse de sa Bonne Nouvelle pour l’humanité à partir des pauvres ". " Si les ministères ne sont pas repensés en lien avec les théologies de la mission et de l’appel, l’institution ecclésiale continuera de priver des communautés de ministres et de maintenir des pratiques discriminatoires ".
Tout ce questionnement, cette réflexion personnelle et cette recherche collective se veulent des signes de vitalité et d’espérance enracinée dans la pratique. D’ailleurs ma démarche s’est alimentée de réflexions imprégnées d’écriture et d’expérience. Les textes choisis se veulent les sources et le reflet d’une quête, d’un manque. " On peut se laisser dépérir dans le manque. On peut aussi y retrouver un surcroît de vie ". Ne demeure-t-on pas comme Église en quête de constante conversion ? André Beauregard a même écrit qu’une " Église vivante est une Église qui se questionne ". Comme la mission ecclésiale est d’annoncer la Bonne Nouvelle et de faire "ad-venir" le Royaume de Dieu, il est important qu’elle ait de "l’a-venir".
Diverses expressions nous révèlent différentes images ou différents modèles d’Église.
Église, Corps du Christ (1 Cor 12,12-14 ; Rom 12,5 ; Ep 4,12.)
Église, Tête du Christ
Église, Peuple de Dieu
Église, Communion de personnes
Église, Temple de l’Esprit
Église cléricale, pyramidale, charismatique, etc.
En effet, ces expressions et ces qualificatifs n’ont rien de neutre et nous présentent l’Église de façons différentes. Tous les termes énoncés en offrent des modèles spécifiques. Si on réfère à l’expression "Tête du Christ", une Église plus hiérarchique se révèle, tandis que le "Corps du Christ" fait appel à la nécessité systématique de tous ses membres. Le nous est davantage mis en valeur. Ainsi, la vie circule et permet la participation de tous et toutes. Cette diversité ouvre de nouvelles voies à la vie. Elle considère alors ses membres comme des sujets responsables. Le "corps" réfère bien plus à un ensemble "organique" qu’à une horde "organisée". L’hétérogénéité est liée à une Église dont l’essentiel demeure ordonné à la mission " Cette diversité dans la communion, où chacun s’enrichit dans la réception de l’originalité de l’autre, a aussi pour prix la mission ". La communion de personnes ne permet-elle pas de recevoir et de s’enrichir de l’originalité des différents ministères ? Aussi, il est important de préciser l’ecclésiologie qui pourrait faire place à quelques nouveaux ministères.
Communautés et ministères
Dans Lumen Gentium du concile Vatican II, les expressions de l’Église, "Peuple de Dieu" et de l’Église "communion" sont souvent utilisées. L’intuition d’un rêve qui y est porté nécessite changements et conversion. Ce qui demeure prioritaire, c’est la vie des personnes qui forment la communauté. Les ministères n’existent pas pour eux-mêmes mais pour la collectivité. C’est de celle-ci que surgira "l’appel" de Dieu. Par la suite, elle "recevra" aussi ces ministres. Il est ainsi possible de croire que ces ministères sont incarnés et inculturés à la vie même de la communauté. En lien avec son histoire particulière, les ministères nécessaires changent, évoluent, se pétrifient. La communauté n’appartient pas aux ministres mais elle peut être animée par ceux-ci. La volonté ferme de répondre aux besoins des personnes favorise le jaillissement des charismes nécessaires. Le ministère ne se veut pas restrictif aux responsabilités sacramentelles. Le contexte historique imprègne la vie communautaire et questionne les ministères requis. Rappelons-nous que l’Église pyramidale n’appartient pas au nous collectif mais à la hiérarchie. " Le IVe siècle marque un tournant extrêmement important dans l’histoire de l’Église ; c’est durant ce siècle que le statut juridique de l’Église change au sein de l’Empire romain ". Faut-il rappeler que le nous réfère davantage à la logique systémique ? " Un organisme vivant qui se recrée, s’alimente et se renouvelle à partir de ses bases ".
Pouvoir et autorité
Avec l’Église hiérarchique et pyramidale, il y a plus de pouvoir que d’autorité. Le pouvoir n’est pas un charisme qui habite un ministre. Par ailleurs, le ministre qui exerce le leadership souhaité et nécessaire à la communauté développera bien plus l’auto-rité, c’est-à-dire ce qui met en marche, ce qui stimule. On sait fort bien ce que signifie "parler avec autorité". On doit donc penser à des ministres qui auront de l’autorité sans avoir le goût du pouvoir. Faut-il rappeler que l’Église qui opte pour l’autorité favorise la prise en charge dans une ligne de croissance ?
Rêver ensemble
On peut rêver ensemble d’une Église où toutes et tous ont une place et sont entendus au même titre. C’est le rêve où la collégialité est en pleine croissance. Toute la logique qui s’y implante en est une de participation. Les fonctions diffèrent mais la mission demeure commune. Rêver ensemble : est-ce une occasion de réaliser notre rêve ou de rêver un impossible rêve ?
Mystère de l’Incarnation
Une Église où la communauté susciterait les ministres dont elle a besoin pour un certain temps serait incarnée dans l’histoire des personnes qui cherchent à vivre selon l’Évangile. La communauté connaîtrait une véritable symbiose avec la vie quotidienne des êtres humains. La communauté est ce nous qui aide à découvrir le mystère du Dieu incarné qui se dévoile peu à peu.
Depuis trente ans, on préconise l’Église locale où l’on peut retrouver des empreintes d’inculturation, d’histoire, d’Incarnation. Cependant, on semble retourner facilement à l’institution et au modèle romain. La Tradition est transmise trop souvent comme un legs statique et non comme un héritage qui amène un souffle de vie et de libération.
Pour une Église qui favorise les ministères nouveaux et nécessaires à la vitalité des communautés et à la réalisation de sa mission, on devra susciter plusieurs passages. Aussi " la nouveauté des ministères est directement dépendante de la nouveauté de l’Église ".
Passage d’une Église de pouvoir à une Église d’autorité
Passage d’une Église de fidèles* à une Église de sujets
Passage d’une Église hiérarchique à une Église communion
Passage de la dynamique fusionnelle à la dynamique dialogale
Passage d’une Église institutionnelle à une Église communautaire
Passage d’une Église centralisatrice à une Église plurielle (communautés locales)
Passage d’une Église sédentaire à une Église nomade.
Il se peut que les nouveaux ministères ne soient pas nommés et reconnus pour des siècles. Comme des nomades du peuple de Dieu en marche, des ministères auront à naître et à disparaître selon les besoins des communautés. Ces ministères pourront faire partie de l’histoire, dans le temps, du processus de la marche de l’Église qui existera jusqu’à l’accomplissement de sa mission.
Les passages qui peuvent apparaître à la fois comme novateurs et risqués deviennent inéluctables à la reconnaissance et à l’espace faites aux nouveaux ministères. Afin de pallier aux besoins actuels de certaines communautés, ne faudrait-il pas suivre davantage Celui qui invite à passer sur l’autre rive? (Lc 8,22)
Deuxième section

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